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Partout en France, les bénévoles de notre association se relaient au quotidien pour apporter écoute, aide et soutien aux personnes de la rue.

A travers des maraudes sociales, des maraudes médicalisées, pédestres ou véhiculées, en lien avec le Samu Social... nos forces vives sont au plus près du terrain pour répondre aux besoins des plus fragiles. Martine, 70 ans, est responsable de la Maraude à Toulon (Var). Bénévole depuis 4 ans à nos côtés, elle témoigne de l’importance des maraudes. 

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En quoi les maraudes sont essentielles ?

Elles permettent de créer et de maintenir des liens, à Toulon et dans la périphérie. On prend le temps de parler aux personnes que l’on rencontre dans la rue. On les aide à être reconnues comme personnes humaines. On ne distribue pas que des cafés, on leur apporte de l’humanité. 

Quand on part en maraude, il y a des endroits où on sait que l’on va trouver des SDF. Il y a un suivi qui s’opère. On travaille constamment avec le 115, et une équipe d’éducateurs spécialisés et d’infirmiers. Ils nous aident à identifier une personne particulièrement en difficulté. S’il y a un SDF qui nous semble aller mal (amaigri, n’a plus le moral…), on appelle l’équipe mobile en renfort. On rencontre aussi de nouveaux visages, on les renseigne, on leur apporte réconfort et conseil.

De quoi les équipes ont besoin pour continuer de mener ou d’améliorer les maraudes ? 

On fait tout ce que l’on peut, on se démène pour récupérer des couvertures. La préfecture ne déclenche le plan Grand Froid qu’à partir de 5 degrés. Mais c’est rare qu’il fasse 5 degrés ici. Et dormir dehors quand il fait 6 degrés, ce n’est pas possible ! Pour chaque maraude, on part avec 4 ou 5 couvertures. Et on n’est jamais sûr d’avoir assez de stocks pour tout l’hiver. On obtient des couvertures auprès d’autres associations ou auprès d’hôtels.

Parmi vos souvenirs de maraudes, y en t-il un qui vous a particulièrement marquée ? Et comment l’association s’est mobilisée pour y répondre ?

Il y a cette dame qui se fait appeler Brigitte, ce n’est pas son vrai nom Elle a 50 ans. Je la connaissais déjà du temps où j’étais bénévole au sein d’une autre association. Elle était dehors, avec des problèmes psychologiques, des problèmes pour accepter son identité. Hormis la cigarette, elle n’avait pas d’addiction. Un jour, elle s’est installée dans un abribus désaffecté. On commençait la maraude à 18h30, en allant la voir elle d’abord. Et à la fin, on revenait la voir.

Une femme extrêmement attachante et accessible. Pas de problème de drogue, pas de problème d’alcool. Même si parfois, elle disait n’importe quoi. Et puis, elle a beaucoup grossi, car elle ne quittait plus du tout l’abribus. Pendant un an et demi, elle n’a pas pris de douche. 

Un jour, elle est tombée malade. On a contacté des soignants et elle a été prise en charge à l’hôpital. Elle a ensuite été placée dans un centre médicalisé. On est allé la voir, lui apporter des affaires… Elle a pris conscience qu’elle pouvait être elle-même, qu’elle avait le droit d’être à l’abri. Elle m’a montré sa carte d’identité. Aujourd’hui, elle occupe un appartement.  

Grâce au travail d’équipe qui s’est mis en place pour lui venir en aide, avec les travailleurs sociaux, des psychiatres et des bénévoles de l’OMF… elle va beaucoup mieux aujourd’hui et je suis toujours en contact avec elle.

Qu’est-ce qui frappe le plus quand on fait des maraudes ?

Il y a beaucoup plus de monde dans la rue aujourd’hui, depuis que la crise sanitaire a commencé.
Beaucoup de jeunes. C’est effrayant. Et beaucoup de drogue et d’alcool. Et ce n’est pas fini.
Il y a aussi des mineurs. Dans ces cas-là, on appelle la police. Parfois ils s’échappent, avant que l’on ait pu faire quelque chose. On tombe aussi sur des jeunes de 18 ans, qui sortent tout juste de l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Sans travail en amont, en vue de leur arrivée à la majorité, ils sortent du système, ils n’ont rien.

Dans la rue, quand on fait des maraudes, on a en face de nous l’image même de la détresse, qu’elle soit morale, physique, mentale… On voit des gens qui ne raisonnent plus de façon pragmatique. Ils ont perdu le sens de leur existence. C’est dramatique. On n’a pas beaucoup de moyen de les sauver de ça. 

Les nouveaux de la rue sont hébétés par la situation qu’ils vivent. Ils semblent ne plus rien avoir à quoi se raccrocher. Ils sont habités par un sentiment de honte et d’abandon. C’est horrible. Ils ne veulent pas faire appel à des proches, pour ne pas être vus dans cette situation. Les écouter, c’est tout ce que l’on peut faire.

📸 crédit photographique @Nathalie Bardou / Hans Lucas