Journée Mondiale des Réfugiés : parcours d'exilés

L'ensemble des chiffres présentés sur cette page sont issus des rapports 2016 et 2017 de l'UNHCR (Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies)

JMR 2018 headerPhotographie © D. Al Kass

Déplacés internes
40,8 M

Réfugiés
21,3 M 

Demandeurs d'asile
3,2 M


>> Animation : comprendre les flux migratoires

LA FRANCE NE FAIT PAS PARTIE DES PRINCIPAUX PAYS D’ACCUEIL

En 2017, elle est le troisième pays européen ayant accueilli le plus de demandeurs d’asile, loin derrière l’Allemagne qui en a accueilli deux fois plus. La France se place en 11e position au niveau européen si l’on rapporte le nombre de demandes d’asile à la population nationale.

La même année en revanche,  elle a recensé un nombre record de demandes d’asile : plus de 100 000 personnes ont ainsi fait état d’un tel besoin de protection en France et 43 000 y ont obtenu une protection (statut de réfugié ou protection subsidiaire), leur permettant d’envisager une vie meilleure.

PARCOURS D’EXILÉS, EN QUÊTE DE STABILITÉ ET DE PROTECTION

L’exil impose des conditions de vie d’une extrême précarité et expose à des risques de violence.

Ces parcours du combattant, ce sont ceux d’Adil, Enam, Saïf, Marie ou Favour (*).
Ils fuient les persécutions ou les conflits armés, laissant derrière eux leur famille, leurs amis, leur vie professionnelle et leurs biens.
Ils ont parfois enduré le rejet, l’exclusion, la violation de leurs droits fondamentaux pour parvenir jusqu’en France au terme d’un long périple.
Nous les y avons accompagnés face aux difficultés nouvelles auxquelles ils ont dû faire face : reconnaissance de leur statut, barrière de la langue, démarches administratives… incontournables étapes du difficile chemin vers l’intégration.

(*) Certains prénoms ont été modifiés afin de préserver l’anonymat et la sécurité des personnes.
Pour les mêmes raisons, les dates et lieux sont volontairement approximatifs ou absents.
Photographies : © Agnès VARRAINE-LECA

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Carte JMR 2018

 

 

Adil, a fui le Soudan en guerre

JMR 2018 verbatim adil

"DUBLINÉ"

Ce jeune homme de 25 ans a fui la guerre civile au Soudan, y laissant ses parents et ses quatre frères et sœurs. D’abord exilé en Lybie après un court passage par le Tchad voisin, il finit rapidement par envisager de rejoindre l’Europe : « Même en Libye, la situation était aussi instable qu’au Soudan ». Au terme d’une traversée de deux jours en bateau, Adil gagne alors l’Italie et Milan. Faute de centre d’hébergement sur place, il se retrouve à la rue avec ses compagnons d’infortune, « abandonnés à notre propre sort ». En laissant ses empreintes digitales dans le cadre d’une demande d’asile dans ce pays, il devient l’un des nombreux « dublinés » (*).

CALAIS, TROYES... PUIS PARIS

En juillet 2016, Adil entre finalement en France. Après une nuit dans le froid à Paris, il rejoint les campements de Calais avec l’aide de compatriotes soudanais : «  J’y ai passé deux mois. Beaucoup d’associations m’ont aidé là-bas ». Puis Adil est accueilli près de Troyes en Centre d’hébergement d’urgence (CHU), aux côtés d’autres réfugiés soudanais. Là, il bénéficie de l’aide d’une assistante sociale qui l’accompagne à la Préfecture et à l’OFII(**). Dans le cadre de la procédure Dublin, il frôle alors un renvoi en Italie où il avait déposé sa première demande d’asile : « Les autorités de Troyes voulaient me renvoyer en Italie, donc je suis venu à Paris. ». Entre novembre 2016 et février 2017, Adil endurera la période hivernale au campement de la Porte de Clichy, avant d’être finalement accueilli au CHU Masséna d’Ivry-sur-Seine.

RETROUVER UNE VIE NORMALE

Le transfert de son dossier de la Préfecture de Troyes à celle de Créteil prendra neuf mois. Heureusement ensuite, tout s’accélère : « J’ai déposé mon dossier à l’OFPRA(***) ; deux mois après, j’ai eu la convocation à l’entretien. Trois semaines plus tard, j’ai eu la réponse à l’entretien et obtenu le statut de réfugié. » Nous sommes alors en janvier 2018, près de deux ans après son départ du Soudan. Désormais, Adil souhaite s’intégrer et de ses propres mots, cela passe par l’apprentissage du français : « C’est une belle langue. Quand tu ne parles pas français, c’est difficile d’entrer dans la communauté et la société française. » À Calais et Paris, Adil a donc suivi des cours dans de nombreuses associations. À Ivry, ce sont les bénévoles de l’Ordre de Malte France qui lui enseignent le Français langue étrangère (FLE), dans le cadre de la mission Soutien aux Réfugiés de la Ville de Paris . Récemment, Adil a même eu la chance de reprendre des études à l’École Normale Supérieure (ENS) de Cachan, à raison de dix heures de cours par semaine. Il aspire à présent à une vie plus paisible : trouver un logement, se marier… et devenir médecin, son rêve alors qu’il n’était encore que lycéen au Soudan. Le Soudan, Adil n’y retournera pas : «  La vie ici est meilleure que là-bas. Là-bas, il y a la guerre, la situation est instable, les gens vivent dans la crainte. Je suis obligé de rester ici, car je suis recherché par le gouvernement. Ma famille n’est pas menacée, car mes frères et sœurs sont encore petits. »

(*) La procédure Dublin prévoit notamment que le premier pays où la demande d’asile a été déposée est responsable du traitement de cette demande, même si des demandes d’asile sont déposées par la suite dans d’autres pays de l'Union Européenne.
(**) Office Français de l’Immigration et de l'Intégration
(***) Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides

 

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Enam, a fui l'Irak en raison de sa religion

JMR 2018 verbatim enam

"J'AI EU DE LA CHANCE"

En Irak, Enam exerçait la profession d’analyste médicale dans un laboratoire. Victime de persécutions du fait de son appartenance à une minorité religieuse en Irak, elle fuit le pays en 2017 avec sa sœur et ses parents. Elle y laisse toute sa vie ainsi qu’une autre sœur et ses 4 enfants, à Erbil. Elle peut rejoindre la France par avion grâce au dispositif spécial mis en place pour les minorités religieuses persécutées au Proche et Moyen-Orient qui lui permet d’obtenir un Visa D au titre de l’asile : « Aucun autre pays n’a mis en place de telles facilités pour permettre aux ressortissants irakiens de quitter leur pays. J’ai eu cette chance que n’ont pas la grande majorité des personnes réfugiées. »

NE PAS DÉPENDRE DES AIDES

Accueillie sur le tarmac par des membres de sa famille déjà installés en France, Enam est ensuite accompagnée dans l'ensemble de ses démarches administratives par l’Ordre de Malte France et bénéficie également des cours de FLE. Un premier diplôme de français obtenu à Bagdad lui permet d’entreprendre quelques démarches en autonomie, mais Enam veut aller plus loin : « J’attends une rencontre avec l’OFII pour avoir des cours de français intensifs. J’ai un master d’analyste chimique et j’ai envie de continuer mes études jusqu’au doctorat, pour être ensuite active ici et trouver un travail. » Un travail qui pour elle, rime avec intégration : « Je ne veux pas être dépendante, être uniquement bénéficiaire d’aides. Je veux donner à mon tour à la société et mettre à profit mes compétences. » Aujourd’hui, après avoir vécu dans l’inquiétude et la privation de libertés, Enam apprécie à présent la paix : « C’est la première chose qu’on a ressenti ici : être libre de s’exprimer avec le respect de chacun. Dans mon pays il manquait toutes ces libertés. »  Remplie d’espoir et d’optimisme pour l’avenir, elle vient de déposer un dossier de demande de logement social et cherche à présent un emploi dans son domaine de compétences, « même si ce n’est pas facile d’obtenir une équivalence. »


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Saïf, Irakien persécuté par l'État Islamique

 « L’INTÉGRATION, C’EST UN EFFORT DES RÉFUGIÉS
POUR S’ADAPTER À LA SOCIÉTÉ.
MAIS C’EST AUSSI UN EFFORT QUE LA SOCIÉTÉ
DOIT FAIRE POUR LES ACCUEILLIR. »


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Marie, a fui l'Algérie en raison de sa conversion religieuse

JMR 2018 verbatim marie

MENACÉE PAR SON ENTOURAGE

La France, Marie la connait bien. Médecin, issue d’une famille francophone, elle revendique une éducation « à la française » et un attachement particulier pour ce pays de protection, d’asile et de droits. Certains Français lui disent d’ailleurs : « Tu connais notre histoire mieux que nous ! ». Mais la France, Marie aurait préféré la rejoindre dans d’autres conditions. Menacée de mort en Algérie à cause sa conversion religieuse, elle fuit son pays dans la précipitation en 2017 et rejoint Paris en avion avec ses enfants : « Tout le monde sait que la France est un pays de droits et c’est une terre d’asile. » Fille unique, elle laisse seuls sur place ses parents âgés.

DES MOIS D'ERRANCE

À son arrivée sur le sol français, Marie se tourne d’abord vers ses amis algériens, mais ces derniers la rejettent à cause de sa conversion à la religion catholique. Seule à la rue avec ses enfants sur Paris, elle est même agressée par ses compatriotes qui lui prennent tout. Sa plainte, déposée au commissariat, restera sans suite, « parce que je n’avais pas de papiers ». La même raison sera invoquée lorsque, après un mois en centre d’hébergement pour femmes isolées, elle est remise à la rue en pleine période estivale. Ses appels au 115 sont quotidiens, sans qu’elle ne puisse jamais obtenir de place : « Personne ne voulait m’aider ». Marie entrevoit une lueur d’espoir lorsqu’elle parvient, en cherchant un ami de son père, à se faire héberger par un compatriote en banlieue. Mais une fois de plus, c’est la désillusion : « Il voulait que je le paye d’une autre manière… » Finalement, c’est le premier adjoint au maire de cette ville qui deviendra son « ange gardien » : sans se poser la question ni rien attendre de Marie en retour, il lui vient spontanément en aide, « par humanité ».

BIENTÔT FRANÇAISE

Ensemble, ils se battent pour formuler une demande d’asile. « Tu rentres dans toutes les cases ce n’est pas normal. Si toi tu n’as pas l’asile, personne ne l’aura », lui dira-t-il. En parallèle, Marie et ses enfants bénéficient d’un logement de la mairie et le CCAS leur fournit vêtements et paniers alimentaires. Un incroyable réseau de solidarité catholique se met en place pour les aider financièrement : « Il y a 45 personnes un peu partout en France que je ne connais pas et qui m’aident chaque mois ». Dans le cadre de sa demande d’asile, Marie bénéficie d’un tiers accompagnant de l’Ordre de Malte France pour son entretien avec l’OFPRA en février 2018. Un mois plus tard, un recommandé lui annonce la bonne nouvelle : sa demande est acceptée, Marie est reconnue comme réfugiée. « J’ai couru comme une gamine dans la rue le dire à l’adjoint du maire. Il m’a pris dans ses bras et m’a dit : maintenant, tu es une femme libre. Personne ne pourra te faire de mal. ».
Une nouvelle vie commence désormais pour Marie. En septembre, elle envisage de reprendre ses études pour pouvoir exercer en France son métier de médecin : « Si je réussis la première année de médecine, je pourrai peut-être intégrer directement la cinquième année et exercer en parallèle dans un hôpital ». Mais la prochaine chose que Marie demandera, c’est la nationalité française : « Juste pour dire merci à la France. Ce serait un honneur pour moi d’être Française ».


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Favour, Nigériane victime de traite des êtres humains

Encore mineure, sans famille et sans emploi, Favour est une proie idéale pour les trafiquants d’êtres humains qui sévissent au Nigéria. En 2016, une femme lui fait la promesse d’une vie meilleure. Elle la conduit alors en Libye : « Je ne savais même pas où se trouve la Libye. Elle m’a dit que c’était un meilleur endroit que là où je vivais. Je devais la suivre car je ne savais pas où aller, je n’avais nulle part où aller. Elle m’aurait abandonné si je ne la suivais pas. » En Libye, Favour est contrainte de se prostituer. Elle y passera six mois, avant de faire la rencontre d’un homme, nigérian comme elle, qui promet de la sortir de cette situation. En réalité, il l’emmène chez un passeur libyen en la faisant passer pour son épouse. Quelques jours plus tard, ce dernier les réveille en pleine nuit : « Il a dit qu’il nous ramenait dans notre pays, que sinon il nous tuerait ». En réalité, leur destination est l’Italie. « Nous étions très nombreux, ils nous ont dit de monter dans les bateaux ». Le risque est important, mais Favour arrivera à bon port en janvier 2017. Dans la rue, elle perd la trace de son compatriote nigérian, mais en rencontre un autre qui lui permet de passer en France : « Il a dit que j’aimerais vivre là-bas, qu’il pouvait m’aider à trouver un emploi. » Enceinte, Favour accepte en s’imaginant de meilleures conditions pour mettre au monde son bébé en France qu’en Italie. L’homme qui l’a faite passer en France tente de la prostituer. Face à son refus de vendre à nouveau son corps, il la chasse de chez lui. Désemparée, en pleine nuit, Favour prend alors le premier train sans connaître sa destination : « J’ai cherché la police parce que je n’avais nulle part où aller. » Sans papier, elle est conduite au Centre de rétention administrative (CRA) de Metz où elle passera 3 jours particulièrement difficiles au regard de son parcours déjà éprouvant : « C’était comme la prison. Je ne veux plus aller dans ce genre d’endroit. »
Sans l’intervention de l’Ordre de Malte France pour demander sa libération, cette épreuve aurait pu être beaucoup plus longue. Aujourd’hui, Favour est libre mais n’est pas encore tirée d’affaire : elle sera bientôt entendue par l’OFPRA dans le cadre de sa demande d’asile.
Dans l’attente de cet entretien, elle suit des cours de français, et rêve de pouvoir enfin mener « une belle vie en France ».

LE NOMBRE DE VICTIMES DE TRAITE HUMAINE
TRANSITANT PAR L'ITALIE
A AUGMENTÉ DE 600% ENTRE 2013 ET 2016.
PARMI ELLES, 80% SONT DES FEMMES NIGÉRIANES.

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