En octobre dernier, nous dressions le portrait de Yannick IFEBE comme l’un de ceux qui avait réussi à surmonter son handicap par le sport, médaillé d’or aux Jeux Paralympiques de Rio.
À l’occasion de la Semaine Nationale des Personnes Handicapées Physiques, nous avons choisi de mettre en lumière autre facette de sa personnalité : celle que l'on soupçonne moins d'un bénévole engagé, aidé devenu aidant, à l’Ordre de Malte France et ailleurs.

De bénéficiaire à aidant, à quel moment es-tu passé « de l’autre côté de la barrière » ?

Dès l’âge de 6 ans, j’ai pu participer à plusieurs reprises au pèlerinage annuel de l’Ordre de Malte à Lourdes, en tant que malade. De 2010 à 2016, je n’ai pu m’y rendre car j’étais peu disponible avec mon engagement dans le sport et les études. Puis en 2017, on m’a recontacté pour me proposer d’y participer à nouveau… en tant qu’aidant ! J’avais gagné en autonomie ces dernières années et je me suis senti capable de relever ce défi.

Comment as-tu réagi à cette proposition ?

J’ai d’abord ressenti un peu d’appréhension, car malgré mes progrès de motricité je reste en fauteuil et mes capacités sont donc plus limitées que celles d’un aidant valide.
Puis, je me suis dit que c’était une expérience à vivre et que je ferais de mon mieux pour pouvoir être, à mon tour, utile aux bénéficiaires ! 

Comment s’est déroulée cette première expérience de bénévolat à Lourdes ?

Sur le pèlerinage de l’Ordre de Malte, il y a habituellement un aidant pour deux à trois malades : étant en fauteuil, je n’ai pas pu prendre un malade en charge à part entière.
Mais étant autonome et ayant peu besoin d’aide, j’ai pu intervenir en renfort : par exemple lorsque des aidants valides donnaient une douche à un malade, je m’occupais de la nourriture, d’en aider un à manger ou un autre à aller aux toilettes…
Cette première expérience de bénévolat sur un tel événement m’a permis de prendre la mesure de ce qui se passe « de l’autre côté » : le rythme, la logistique et l’implication de tous les aidants, que l’on ne mesure pas forcément en tant que bénéficiaire. 

« AIDER DES PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP
LORSQUE L’ON EST SOI-MÊME EN FAUTEUIL
DÉLIE LES LANGUES, NOTAMMENT
SUR LES PROBLÉMATIQUES D’ACCESSIBILITÉ »

Qu’en as-tu tiré ?

J’ai beaucoup bénéficié de l’aide de l’Ordre de Malte France étant jeune. Passer « de l’autre côté », c’est un peu rendre ce que j’ai reçu et c’est très important à mes yeux !

As-tu eu d’autres opportunités de bénévolat à la suite de cette première expérience réussie ?

Le premier camp national* s’est tenu en France l’an dernier, et le Groupe des Jeunes de l’Ordre de Malte qui l’organise m’a proposé d’y animer un atelier d’escrime en fauteuil, auprès de personnes en situation de handicap physique et mental. Étant en vacances, j’ai pu participer à la totalité du camp et aider à la logistique sur mon temps libre. C’était un très bon moment que j’aimerai beaucoup renouveler à la seconde édition du camp cette année !
Durant la Semaine Nationale des Personnes Handicapées Physiques, je me rends aussi parfois en milieu professionnel ou scolaire pour sensibiliser les salariés ou les jeunes au handicap, par le biais du sport. C’est l’occasion de leur faire tester les pratiques handisport, mais également de discuter avec eux de mon rapport au handicap et à la vie en général. Je réalise ces interventions de manière totalement libre et bénévole : ce sont les entreprises, collèges ou lycées qui viennent me démarcher !
Avec mon club d’escrime et dans le cadre de mon contrat avec l’Armée, j’interviens également aux Invalides à Paris, auprès de militaires ou sportifs blessés. L’objectif est de les sensibiliser au parcours handisport, notamment par le biais de l’escrime en fauteuil, mais aussi et surtout d’être attentif à leurs questions et besoins.
Avec mes parents enfin, j’ai le projet de créer au Congo un centre de rééducation pour personnes handicapées : là-bas, elles sont nombreuses à vivre dans la rue et je souhaite leur donner un toit, une éducation et des perspectives professionnelles. Dans cette optique, j’ai créé avec mon père une association cette année pour récolter des fonds.

* Depuis plus de 30 ans, les camps internationaux de l'Ordre de Malte réunissent, pour quelques jours, bénévoles et personnes en situation de handicap de toute l'Europe autour d'activités sportives et de loisirs, dans un esprit festif et fédérateur !

Comment les personnes que tu aides réagissent-elles au fait que tu sois, comme elles, non-valide ?

Le fait partager un point commun - le handicap - délie parfois les langues : elles me parlent plus facilement de leurs problématiques d’accessibilité par exemple, car elles savent que je les rencontre aussi.

As-tu d’autres projets de bénévolat qui ne soient pas liés au handicap physique ?

Bien sûr ! Dans le monde où l’on vit, tout ne tourne pas autour du handicap. Certaines personnes victimes d’une extrême pauvreté ou exclusion par exemple, vivent des situations parfois bien pires qu’une personne handicapée qui est correctement prise en charge dans un pays développé comme la France.
J’aimerai par exemple m’investir auprès des personnes sans abri, dans le cadre des petits déjeuners solidaires du week-end ou des maraudes sociales de l’Ordre de Malte France, ou encore distribuer la soupe populaire en semaine aux côtés d’autres associations.

C’est la Semaine Nationale des Personnes Handicapées Physiques jusqu’au 18 mars. Est-ce que être bénévole auprès de personnes souffrant d'une mobilité réduite est l’occasion de revoir son regard sur le handicap ?

Être bénévole permet de prendre la mesure de la variété des formes de handicap physique qui existent. Pour ma part, j’ai un handicap plutôt lourd, mais je sais que cela pourrait être bien pire ; j’ai une relative autonomie à présent.
Cette semaine est importante dans le sens où elle permet de balayer toutes les formes de handicap physique et offre aux personnes qui en souffrent la perspective d’un meilleur quotidien.
Il faut prendre le temps de discuter avec elles et ne pas se cantonner à l’image que certains médias peuvent en donner : être handicapé(e), ce n’est pas forcément être un poids, une charge pour la nation et pour son entourage. Nous avons une vie, un vécu, un passé… tout aussi intéressants que ceux d’une personne valide.
Je rêve que l’on puisse voir ce que la personne est réellement - sa personnalité, son vécu, ses passions…- avant de voir son handicap ! Mais le chemin est encore long jusqu’à cet idéal.

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